La douleur n'épargne personne. Un Français sur deux vit même actuellement avec une douleur aiguë ou chronique, si l'on en croit le résultat du sondage réalisé par CSA pour le laboratoire Sanofi à l'occasion de la journée mondiale de la douleur. Sur les douze derniers mois, ce sont plus de neuf personnes sur dix qui affirment avoir ressenti des douleurs. Sans grande surprise, la majorité des plaintes concerne le mal de dos et le mal de tête.

                La gestion de la douleur est un motif récurrent de consultation en sophrologie. La douleur peut s’immiscer partout, des céphalées aux lombalgies comme on vient de le voir, en passant par les douleurs rhumatismales, l’arthrose, les douleurs chroniques, la fibromyalgie mais aussi les douleurs dues à des actes chirurgicaux per et post opératoires, sans oublier toute la palette des douleurs féminines et gynécologiques dont celles de l’accouchement.

                On estime aujourd’hui qu’en France, environ 12 millions de personnes souffrent de douleurs chroniques et 2,6 millions de personnes souffrent de douleurs neuropathiques. Selon une enquête de 2007, les personnes souffrant de douleur se sentent isolées, désespérées et ont l'impression d'être un fardeau pour leur famille, leurs amis et leurs collègues ; une personne sur cinq ayant perdu son emploi et la même proportion souffre de dépression à cause de la douleur.

                Il était grand temps que la prise en charge de la douleur devienne une priorité dans les établissements de santé et c’est chose faite depuis 2004 puisque la lutte contre la douleur est devenue une priorité de santé publique inscrite dans le code de la Santé publique : « toute personne a le droit de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Celle-ci doit être en toute circonstance prévenue, évaluée, prise en compte et traitée » (article L1110-5). Malgré ces efforts, il apparaît aujourd’hui qu’un tiers des patients souffrant de douleur chronique ne soit pas traité correctement et il ressort également un sentiment que leur médecin ne sait pas comment maîtriser efficacement leur douleur et que leur traitement ne leur permette pas de les soulager tout au long de la journée.

                La sophrologie peut venir en soutien aux patients douloureux et au delà des protocoles que nous connaissons et reverrons, nous aborderons lors de cette intervention, d’autres outils particulièrement efficaces pour aider à gérer les sensations douloureuses. Ainsi, nous parlerons  d’hypnose et de méditation de pleine conscience. Connaître différentes techniques et pouvoir proposer plusieurs approches à nos patients semblent judicieux lorsque l’on sait que même si la douleur a des composantes physiologiques objectives, elle reste unique et ressentie de façon subjective.

SOMMAIRE

 

I – Qu’est ce que la douleur ?

A- La douleur expliquée au patient

                1- Les différentes douleurs

                2- La douleur en image

B- Comment contrôler la douleur ?

                1- La respiration et la relaxation

                2- Les visualisations positives et l’endorphine

C- Comment les croyances du patient impactent la douleur ?

                1- Qu’est ce qu’une croyance inconsciente ?

                2- Les croyances récurrentes sur la douleur et l’exemple de l’haptonomie

I- Qu’est ce que la douleur ?

 

                Selon la définition officielle de l’Association internationale pour l’étude de la douleur (IASP), "la douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée à une lésiontissulaire réelle ou potentielle ou décrite dans ces termes". Elle est donc subjective et peut être ressentie de façon plus ou moins intense selon les individus et leur degré de sensibilité.

                Il ne faut pas confondre douleur et souffrance : d’après l’auteur David Le Breton, la douleur est un concept médical et la souffrance, un concept du sujet qui la ressent. La souffrance ne se mesure pas, elle est subjective. Pour d’autres, la douleur physique concerne le corps tandis que la souffrance psychique concerne l’âme ou l’esprit.

                En tout cas, l’Organisation Mondiale de la Santé estime que « La souffrance qualifie un être qui supporte, endure, ou subit une douleur physique et morale, un état de mal-être, c’est-à-dire un sentiment de non-adaptation au monde, d’étrangeté aux êtres et aux choses, d’indifférence douloureuse ». Bien que nous n’aborderons pas dans cette conférence l’aspect souffrance de la douleur, nous imaginons bien le soulagement que peut apporter la sophrologie sur cette question.

                Quand on parle de douleur, il est important de savoir de quoi on parle exactement et surtout comment expliquer la douleur au patient (A). Nous verrons ensuite comment il est possible de contrôler sa douleur et de permettre au patient de devenir autonome sur sa propre gestion (B). Enfin,   je trouve que la question des croyances inconscientes est particulièrement intéressante à aborder lorsque l’on travaille sur la prise en charge de la douleur (C).

 

                A- Expliquer la douleur au patient

 

                Il n’y a rien de plus anxiogène que de subir une douleur sans comprendre d’où elle vient et par quoi elle est causée. Expliquer la douleur à un patient peut donc s’avérer extrêmement judicieux. Un topo clair et concis sur les différentes douleurs (1) peut être énoncé, il est également tout à fait possible d’utiliser des supports tels que des images, une vidéo ou pourquoi pas un petit livret adapté aux enfants (2).

1- Les différentes douleurs

                Nous pouvons être amenés à répondre à des questions sur la douleur et notamment à expliquer les différents types de douleurs. La douleur est un phénomène complexe et elle peut être différente en fonction du mécanisme d’origine et de sa durée dans le temps. Ainsi, en fonction du temps, nous pouvons distinguer deux types de douleurs :

•      La douleur aiguë qui est de courte durée. C'est un signal d'alarme qui permet de rechercher la cause, elle a donc un rôle protecteur. Elle disparaît généralement en quelques heures ou quelques semaines, selon le temps nécessaire à la guérison. Elle est due à une cause précise, connue ou non. Il faut savoir que le terme aigu, en médecine, n’est pas en lien avec l’intensité de la douleur. Les exemples de douleurs aiguës sont les migraines, les rages de dents, les cystites, les ulcères ou les sciatiques.

•      La douleur chronique est une douleur qui évolue et dure depuis 3 à 6 mois malgré un traitement antidouleur. Elle persiste parfois même si la cause de la douleur a disparu. Elle est alors difficile à comprendre. C’est une douleur qui envahit la vie de la personne au plan physique et moral comme dans le cas de la fibromyalgie, des rhumatismes, de la spondylarthrite  ankylosant ou des douleurs dues au cancer.

Nous pouvons ensuite expliquer que les médecins classent les douleurs en trois catégories :

•      La douleur nociceptive:  La douleur nociceptive est causée par une lésion de l’organisme, c’est à dire d'une partie du corps comme un muscle ou un os. Lorsqu'une partie du corps est endommagée, des capteurs de la douleur (appelés nocicepteurs) envoient des messages de douleur au cerveau le long des nerfs périphériques et de la moelle épinière. La douleur est ressentie comme constante, localisée et souvent comme persistante ou pulsatile. C’est le type de douleur le plus fréquent et elle est souvent traitée par des antalgiques.

Les exemples de causes de ces douleurs nociceptive sont les fractures, les brûlures, les hématomes, les coupures et les inflammations. Une fois ces lésions de l’organisme réparées, la douleur disparaît généralement.

•      La douleur neuropathique : La douleur neuropathique est causée par une lésion du système nerveux ou une atteinte des nerfs eux mêmes. Il faut savoir que tout événement susceptible d’entraîner une blessure peut éventuellement léser des nerfs en même temps. Par exemple, si un muscle est écrasé, les nerfs situés au sein de ce muscle peuvent également être écrasés. Les nerfs peuvent également être lésés ou pincés par des tumeurs et du tissu cicatriciel, ou irrités par une infectioncomme un zona.  La douleur neuropathique associe souvent des sensations continues comparables à des brûlures, des coups de poignard ou des décharges électriques. Son intensité est variable et elle peut durer plusieurs mois ou plusieurs années, longtemps après la guérison de la cause apparente.

Les exemples de cause de ces douleurs neuropathiques sont les infections, les troubles du métabolisme comme le diabète et toutes les compressions nerveuses que sont les hernies discales, les douleurs du canal carpien, les névralgies ou les fibroses post chirurgicales mais aussi les douleurs cancéreuses et celles dites du membre fantôme..

•      La douleur psychogène : Les douleurs psychogènes sont dues à des dysfonctionnements du système neuropsychique comme les troubles émotionnels ou psychiatriques. Ce sont donc des douleurs qui n'ont aucune cause somatique et proviennent d'un retentissement psychologique. Ce qui rend difficile l'évaluation de ces douleurs, c'est que d’une part, leurdescription est subjective et donc variable et que, d’autre part, elles peuvent être associées à d’autres types de douleurs. Il est parfois difficile de différencier les mécanismes les uns des autres. Par exemple, dans le cadre des douleurs cancéreuses, la douleur psychogène est une composante psychologique qui est associée à un autre mécanisme de douleur. La prise en charge des douleurs psychogènes peuvent nécessiter l’aide d’un psychiatre ou d’un psychologue.


2- La douleur en image

                Cette vidéo de 5 minutes est extrêmement bien faite. En effet, elle parle des douleurs aiguës, chroniques, comment on peut les soulager et surtout la question de l’environnement est abordée. On y apprend que la douleur peut être aggravée par une alimentation malsaine, un stress au travail ou en famille et aussi il est suggéré qu’il peut y avoir une cause à effet entre des douleurs actuelles et des traumatismes ou périodes délicates du passé.

http://blogdukine.fr/expliquer-la-douleur-en-5-minutes

                B- Comment peut on contrôler la douleur ?

                Il est important de comprendre comment les approches de Sophrologie, d’hypnose ou de méditation peuvent permettre d’agir sur la douleur. Bien que ces trois approches aient des outils particuliers, nous pouvons souligner qu’elles utilisent toutes la relaxation du corps et la respiration (1) et des visualisations positives qui permettent de délivrer des hormones d’endorphines (2). Nous allons donc voir comment cela agit sur la douleur.

                1- La relaxation et la respiration     

                La relaxation permet de réduire des douleurs dues à des tensions du corps. En cas de stress, tous nos muscles augmentent leur tonus pour permettre au corps de réagir, c’est ce qu’on appelle le syndrome général d’adaptation découvert par Hans Selye. Mais nous savons que si le stress persiste, le système nerveux va envoyer  une quantité d’adrénaline aux muscles trop importante et trop longtemps. C’est ainsi que les muscles :

                Savez-vous quel est l’un des premier signe d’un stress chronique ? Ce sont les douleurs musculaires comme les tensions ou une fatigue musculaire. Ainsi, la relaxation est une réponse à ces douleurs en inversant le processus Stress = tensions musculaires = douleur.

                Apprendre à un patient à se détendre est primordial et permettra à son tonus musculaire de s’abaisser, l’adrénaline sera ainsi réduite et le système nerveux para sympathique sera sollicité avec ses hormones propres comme l’acétylcholine.

                La respiration abdominale, comme la relaxation du corps,  aura comme effet d’activer le système para sympatique mais elle joue également un rôle très important au niveau des douleurs musculaires, notamment dorsales. Le physiothérapeute Denis Fortier explique que le diaphragme stabilise la colonne vertébrale, un peu à la manière des muscles abdominaux. Lorsque sa partie centrale descend, à l’inspiration, elle augmente la pression à l’intérieur de l’abdomen et procure plus de stabilité.

                D’ailleurs, le diaphragme des personnes ayant des douleurs au dos est moins détendu, moins stable et bouge de façon moins harmonieuse. Une personne en souffrance présente une respiration bloquée et localisée le plus souvent sur le haut du corps. Or, la respiration est bénéfique aux muscles, avec un étirement parfois gênant au début mais par la suite, les muscles deviennent plus élastiques apportant une détente corporelle et moins de douleur Il est donc conseillé de maintenir de bonnes capacités respiratoires, particulièrement en présence de douleurs au dos, que celles-ci soient aiguës ou chroniques.

2- Les visualisations positives et l’endorphine

                Un autre outil utilisé par toutes les approches de la gestion de la douleur sont les visualisations positives. Nous savons que toute image mentale positive se répercute à la fois sur le psychisme et sur le corps. En effet, Notre cerveau ne fait pas la distinction entre une image réelle et une image générée par l’imagination et donc le vécu imaginaire positif va s’inscrire comme expérience vécue. C’est pour cela que pour en accentuer les bienfaits, il est important de développer l’ensemble du système sensoriel du patient à savoir le visuel, l’auditif, le  kinesthésique, l’olfactif et le gustatif.

                Lorsque l’on parle de gestion de la douleur, nous allons nous servir des visualisations positives pour permettre à notre cerveau de sécréter une hormone bien précise qui est l’endorphine. Les scientifiques ont coutume de la nommer l’hormone du bonheur et ont démontré qu’elle était délivrée naturellement pas notre cerveau lorsque nous vivons un moment de calme, d’apaisement mais aussi de joie et de bien être.

                Cet opiacé naturel produit par la glande pituitaire est un neurotransmetteur permettant d’agir comme véritable anti-douleur. L’endorphine est distribuée dans l’organisme  par l’hypophyse et l’hypothalamus et provoque une sensation de détente, de bien-être comme après un exercice physique, un très bon repas ou un fou rire.

                Ainsi, toutes les visualisations où la personne va revivre un moment agréable va permettre de sécréter cette hormone d’endorphine. Se plonger dans un ou plusieurs souvenirs, la sophro présence immédiate ou même l’exercice du sourire intérieur sont très efficaces dans ce domaine. A ce propos, il a été aussi prouvé que les vrais sourires, appelés aussi « le sourire de Duchenne » libèrent de l'endorphine et donne un « coup de fouet ». Un « sourire Duchenne » est un sourire authentique, qui implique le visage dans sa totalité et surtout les yeux. Il est impossible de le simuler et il se produit seulement quand vous vous sentez vraiment comblé. Alors, sourions !

                Il est tout à fait possible, lorsque l’on travaille sur la douleur de terminer toutes nos visualisations positives en proposant au patient d’imaginer que ses sensations de bien être sont dues à une libération de ses hormones d’endorphine qu’il peut alors imaginer partout dans son corps.

C- les croyances du patient impactent la douleur

Avant d’aborder comment travailler sur les croyances liées à la douleur (2), nous allons nous pencher sur le concept de la croyance inconsciente (1).

1- Qu’est ce qu’une croyance inconsciente ?

                Une croyance inconsciente est une certitude que l’on se fait sur soi, sur les autres, sur une expérience ou sur le monde. C’est une idée généralisée, que nous déduisons à partir des différents événements qui marquent notre vie et qui devient un principe de base qui va guider tous nos choix et nos décisions durant toute votre vie.

                Nous ne pouvons pas vivre sans croyances, cela ne serait tout simplement pas possible.
Voici une petite histoire pour comprendre pourquoi :

Un grand voyageur parcourt le monde. Il visite chaque pays un à un, cherchant à s’imprégner des différentes richesses culturelles. Il apprend ainsi tous les us et coutumes de chaque continent, de chaque pays. Ces différentes traditions riches et variées sont autant de vérités auxquelles des populations adhèrent.

De retour à la maison, il décide de changer son mode de vie et d’appliquer toutes les coutumes apprises auxquelles il croit désormais fermement.

Mais très vite, il déchante et remarque que certaines coutumes vont à l’encontre de certaines autres et que cela n’est pas possible de tout appliquer.

Il comprend alors qu’il doit choisir les traditions qu’ils souhaitent maintenir et ignorer les autres.De cette manière, il accède à sa propre vérité.

Cette petite histoire nous fait comprendre que nous ne pourrions pas vivre sur Terre sans croyances. Celles-ci nous permettent de créer des repères et de baliser notre chemin grâce aux vérités et croyances que l’on adopte

Pour faire très simple, selon Robert Dilts, un être humain fonctionne comme ceci :

                Nous voyons alors que les croyances vont infuser toutes nos capacités et nos comportements … et cela de façon totalement inconsciente.

                Il y a des croyances aidantes comme penser que la vie n’est qu’un jeu,  que la curiosité est un joli défaut ou il n’y a pas d’échec mais que des expériences, que des occasions d’apprendre. A contrario, certaines croyances sont plus limitantes, plus enfermantes : la vie est dure, je suis nulle, je ne suis pas à la hauteur, il faut des diplômes pour réussir, être dépressif c’est être faible, les hommes sont tous des saligots … Vous sentez bien que les comportements vont être alors complètement différents, selon la croyance qui nous berce !

                Or, il suffit d’un mot parfois pour se créer une croyance. Enfant, notre sens critique n’est pas encore totalement développé et les avis et les paroles de nos parent, de nos professeurs et de la société vont fortement nous impacter, parfois même maladroitement. Prenons l’exemple d’un adulte qui a cette croyance que « je dois être gentil pour être aimé » … finalement on se rend compte qu’enfant, ses parents avaient l’habitude de lui dire « va dans ta chambre, tu n’es pas gentil ! ». Cette émotion de tristesse, de solitude et de rejet ont ancré profondément en lui l’illusion qu’il faut être gentil pour être aimé et aujourd’hui il se montre discret, poli, ne fait pas de bruit, ne parle pas trop fort et évite tout comportement qui pourrait faire qu’il soit rejeté. C’est une croyance limitante alors qu’à ce moment-là, ces parents auraient pu simplement lui dire « Tu as le droit de t’amuser mais pas quand on est tous dans le salon ! ».

                Nous avons des croyances sur absolument tout et en tant que thérapeute il est important de les conscientiser, car elles peuvent teinter nos accompagnements. Pour détecter nos croyances il peut parfois suffir de se finir les phrases sans trop y penser : pour moi, la vie c’est … Pour moi, l’argent c’est … Pour moi, un thérapeute c’est … Pour moi les hommes ou les femmes sont ….

                2- Les croyances récurrentes sur  la douleur et exemple de l’haptonomie

                Plusieurs études ont montré que les croyances des patients jouent un rôle important dans la douleur, sa perception, son seuil d’intensité et même aussi dans la bonne ou mauvaise réaction à certains traitements. Il est donc important lorsque l’on reçoit un patient douloureux d’investiguer ses croyances par rapport à sa douleur avec des questions comme :

- connaissez-vous l’origine de votre douleur ? Comprenez vous d’où elle vient ?

- Estimez-vous que votre douleur est entendue et reconnue par votre entourage ? Par votre patron ? Par le monde médical ?

- Éprouvez-vous des difficultés à suivre votre traitement … cette question peut faire émerger des croyances sur le fait que ça ne marchera pas, que le patient est pessimiste sur sa rémission.

- Est-ce que votre douleur modifie votre place/ votre rôle au sein de la famille ? Vos relations aux autres ? Ce type de questions peut faire prendre conscience d’un bénéfice secondaire de la douleur.

                Le sophrologue peut apporter des changements de perception sur beaucoup de croyances récurrentes de la douleur. Les études ont montré que les croyances concernent :

                - L’origine de la douleur : une douleur mystérieuse, difficilement compréhensible que l’on voit comme une catastrophe sera moins bien vécue qu’une douleur dont on connaît l’origine. Le sophrologue peut aider le patient à remettre de la compréhension soit sur la cause douloureuse, soit sur sa physiologie, comment le corps crée cette douleur et ce qu’elle entraîne.

                - La temporalité de la douleur : est-ce que cette expérience douloureuse va cesser, augmenter, devenir chronique ? La douleur est-elle constante ou intermittente ? Ici il est judicieux de travailler sur l’acceptation de la douleur, sur l’anticipation positive et sur la capacité de pouvoir la gérer.

                -  La psychologie du patient : un individu peut penser que la douleur va être de pire en pire, envisager qu’il finira handicapé sans pouvoir vivre normalement et se faire un scénario catastrophe. La sophrologie peut ici soutenir le patient en l’aidant à se projeter positivement, à voir les possibles et à dissiper les pensées anxieuses.

                - Le contrôle de la douleur : les patients pensent souvent que seuls les médicaments peuvent les aider à gérer leur douleur, qu’ils n’ont eux strictement aucun pouvoir sur cela. Évidemment qu’à ce niveau là, le sophrologue peut permettre au patient de reprendre le contrôle sur son corps, sur ses sensations et même sur l’intensité de sa douleur.

                Une notion proche des croyances est la signification que l’on donne à la douleur. Dans le cadre du premier plan d'action de lutte contre la douleur lancé par Bernard Kouchner, Ministre de la Santé, en 1998, une étude qualitative sur la perception de la douleur, fait ressortir que la douleur est toujours ressentie comme « un accident, ne procédant d aucune nécessité, sans possibilité aucune, révoltante et injuste.».

                Évidemment, vous percevez que ce n’est pas très encourageant. Or, David Le Breton parle d’un « bouclier du sens ». Prenons l’exemple du sportif de haut niveau, le sens donné à sa douleur est complètement différent : cette douleur est recherchée car elle est comme une mesure de l’intensité de l’entraînement. De même, le sens donné aux douleurs intenses de l’accouchement sera très important pour la femme enceinte.

                En ce qui concerne la gestion des contractions, bien sûr que la sacro sainte croyance « tu enfanteras dans la douleur » peut aider une personne à mieux accepter ses contractions qu’une personne qui estime qu’aujourd’hui  les progrès de la médecine permettent de se passer de souffrances inutiles. Et c’est ok dans les deux cas.

                Il est aussi possible de lier la douleur à l’accompagnement du travail du corps : à chaque douleur ressentie, la future mère peut visualiser dans un premier temps son col qui se dilate, qui s’ouvre, imaginer que ses contractions permettent d’aider le bébé à se diriger vers le bas, que lui même fait un effort extraordinaire. Mélanger la douleur physique avec une image mentale d’amour et un sentiment d’utilité, va obligatoirement apporter un soulagement et abaisser le seuil de la douleur. Pour mes deux enfants j’ai pratiqué l’haptonomie, c’est la science du toucher, de l’affectivité et quelque chose m’avait marqué en ce qui concerne cette sensation de pousser l’enfant hors de soi. Imaginez, vous êtes tranquillement debout, vous êtes bien vous respirez, et hop quelqu’un vient vous pousser très fort par derrière en vous faisant bien sentir qu’il faut sortir, allez allez !!!!! Votre corps va naturellement se mettre en résistance … vous allez vouloir riposter, mettre de l’énergie à retenir l’action … alors que si avec tout mon amour, je me mets derrière vous, je vous transmets le fait que nous allons faire un bout de chemin à deux et qu’à la fin il y a une incroyable surprise … votre corps accepte, va de l’avant … et bien c’est exactement pareil pour bébé … mettons ce sens de l’inviter à venir, non pas de l’expulser le plus fort possible.

La sophrologie et la gestion de la douleur

                La gestion de la douleur est une demande fréquente en sophrologie, que ce soit pour des douleurs physiques ou émotionnelles. Dans ce chapitre-là, je vais m’attacher à parler exclusivement des douleurs physiques, mais sachez que tout peut être adapté aux douleurs émotionnelles.

                Apprendre à diminuer des sensations douloureuses liées à des maladies chroniques, à la fybromyalgie, à des rhumatismes, à la polyarthrite ankylosante, mais aussi dues à des épisodes de migraine, des douleurs féminines ou gynécologiques, en allant des règles douloureuses jusqu’aux douleurs de l’accouchement en passant par l’endométriose. Nous pouvons également être amenés à recevoir des sportifs pour qui les douleurs sont normales et fréquentes.

                Il peut donc s’agir de gérer des douleurs qui sont là, présentes dans le corps, mais ce peut être aussi des douleurs que l’on connaît trop bien et dont chaque nouvel épisode ravive les sensations passées. Ce peut être également des patients qui souhaitent mieux appréhender des douleurs futures générées par des opérations plus ou moins bénignes.

                Nous verrons tout d’abord la Sophro substitution sensorielle qui est la technique de prédilection des sophrologues pour gérer les douleurs (A), puis nous parlerons des techniques dissociatives que sont les séances de l’ »objet neutre » et du « lieu sûr » (B) et enfin nous terminerons par aborder l’intérêt d’atténuer les douleurs passées avec la sohro correction sérielle et d’anticiper sereinement les douleurs futures avec la sophro acceptation progressive (C).

                A- La technique de prédilection dans la gestion de la douleur :

                la Sophro Substitution Sensorielle

                Il est important de garder à l’esprit la différence entre l’anesthésie, qui est la suppression totale des sensations et l’analgésie, qui est la disparition des phénomènes douloureux. En Sophrologie, nous travaillons le plus souvent à créer une analgésie, en remplaçant les sensations douloureuses pas des sensations plus confortables comme la chaleur, la tiédeur ou la fraîcheur. La sensation de froid est à manipuler avec délicatesse car elle peut parfois renforcer la douleur, augmenter les fourmillements ou les paresthésies.

                Cette technique nommée la sophro substitution sensorielle consiste à créer une sensation agréable dans une main puis de porter cette main sur la zone douloureuse et imaginer que la sensation vienne remplacer et atténuer la douleur.  Cette technique permet de gérer des douleurs présentes (comme celles générées par des maladies chroniques, les affections rhumatismales, les douleurs liées au cycle féminin), mais aussi des douleurs futures qui peuvent être liées à une intervention chirurgicale bénigne telle que les actes de dentisterie. Elle consiste donc à substituer un symptôme à un autre, ou une sensation, à une autre au niveau d’une zone corporelle.

                L’entraînement du patient est ici primordial pour qu’il parvienne facilement et rapidement à générer la sensation de substitution. Le professeur Caycedo disait à ce propos que « la sophro-analgésie s’obtient plus facilement si le sophrologue, à l’aide du terpnos logos, instruit la personne sophronisée pour substituer la sensation de douleur pour une sensation de chaleur ou d’engourdissement. Le jeu de sensations peut être multiple et pour cette raison, ce procédé a une grande application dans différentes spécialités, donnant des résultats excellents chez les enfants ».

                Concrètement, comment créer la sensation de chaud ou de fraîcheur dans la main? Avant toute chose, il est possible de demander à une personne ayant une douleur présente, quelle serait la sensation qui lui apporterait du soulagement : aimerait-elle plutôt se poser un sac de glaçons ou une bouillotte bien chaude ?  Vous obtiendrez à coup sûr la sensation à créer ! Ainsi, après une sophronisation de base, il y a trois possibilités :

                - Retrouver un souvenir réel : La personne se replonge dans un souvenir dans lequel elle a connu cette sensation de chaud ou de fraîcheur et elle va concentrer son attention sur le fait que sa main est alors en contact avec cette sensation. Par exemple nous pouvons lui demander « laissez venir un souvenir dans lequel vous avez été exposé à un soleil très agréable … sur une plage .. à la montagne ou allongé dans un transat … et imaginez que le soleil est en train d’éclairer votre main … de la réchauffer ...le soleil lui apporte sa lumière, son énergie … et la température commence à monter … lentement ...laissez les choses se faire … laissez le corps se souvenir et raviver ces sensations de chaleur." Évidemment, il s’agira de faire la même chose dans un souvenir où il y avait de la fraîcheur en imaginant une main plongée dans de l’eau, posée sur de la neige etc.

                - Créer artificiellement la sensation : Nous devons alors faire imaginer à la personne qu’une de ses mains est exposée à une source de chaleur ou de fraîcheur et, en la guidant de façon extrêmement détaillée, il est possible de créer une sensation. Cette façon de procéder utilise alors des suggestions qui vont dans le sens du réchauffement ou du refroidissement. Amener une personne à imaginer qu’elle est à la montagne, assise dans la neige et qu’elle plonge sa main, sans gants dans la neige, peut créer une baisse de température de la main, un engourdissement et donc une analgésie.

                - Créer directement la sensation : Le docteur Jacques Quélet, médecin ayant un master en sophrologie Caycédienne et une spécialité en Hypnose Ericksonienne, explique que parfois, lorsque les deux techniques précédentes échouent, il propose au patient de plonger directement sa main dans un bac à glaçons ou de la poser sur une bouillotte qu’il a pris soin d’apporter. Après une sophronisation de base, la personne prend conscience des sensations ressenties et les détaille mentalement. Il est alors possible de réveiller le patient, de le faire verbaliser ce qu’il a senti et lui refaire une séance soit immédiatement, soit la fois prochaine en lui rappelant cette expérience.- Le corps retrouve alors plus facilement les sensations choisies.

                Une fois que la main est chaude ou fraîche, nous demandons au patient de l’amener physiquement vers la partie douloureuse, de la poser dessus et de visualiser que la sensation agréable se diffuse dans toute la zone. Le terpnos logos est ici dans ce sens «  … et vous pouvez alors imaginer que le contact de la main est comme une bouillotte bien chaude qui vient se poser sur votre épaule … imaginez alors que cette chaleur réchauffe tout d’abord votre peau …. puis cette chaleur pénètre peu à peu les tissus internes pour venir envahir toute l’épaule … jusqu’à la base du cou … et à chaque fois que vous expirez, cette chaleur grandit, s’étale … jusqu’à enrober l’autre épaule ... ».

                Par la suggestion, on étend donc cette sensation à une zone débordant largement la zone opératoire ou douloureuse, et en profondeur, plan par plan, cutanée, sous-cutanée, musculaire, ostéo-tendineuse puis viscérale. Il faut garder en tête qu’un espace-temps d'une vingtaine de minutes doit être respecté car c’est le temps nécessaire à la libération des neuro-modulateurs inhibiteurs de la douleur (morphiniques endogènes : enképhalines et endorphines) dans la région concernée ; cesneurotransmetteurs empêchant l'influx douloureux d'arriver au cerveau, créant ainsi une élévation du seuil de la douleur.

                Une dernière précision consiste à rappeler que les canaux sensoriels de prédilection du patient vont être importants à utiliser. Une personne kinesthésique n’aura sans doute aucun mal à sentir de la chaleur qui se diffuse dans ses épaules, mais une personne visuelle appréciera sûrement d’imaginer que cette chaleur est symbolisée par une couleur comme le rouge ou l’orange et que c’est cette couleur qui va s’étaler à l’intérieur des épaules, comme pour venir colorier cette zone … Quant  aux personnes auditives … la gestion de la douleur avec cette méthode là peut vite trouver des limites, mais l’imagination du sophrologue peut permettre de les dépasser !

                B- Les techniques dissociatives : L’objet neutre  ou Le lieu sûr

                Il faut distinguer les approches de  gestion de la douleur dites « associatives », c’est à dire que l’on va porter son attention sur la douleur directement et les techniques dites « dissociatives », où le patient va apprendre à focaliser son attention sur autre chose que la zone sensible. La difficulté dans ces approches dissociatives est que parfois l’intensité de la douleur est telle, qu’elle englue l’esprit du patient qui ne parvient pas à se projeter dans autre chose.

                Ainsi toutes les activations intra sophroniques qui embarquent l’esprit et l’attention du patient sur autre chose que son corps, sont à privilégier. Les deux techniques les plus utilisées dans la gestion de la douleur sont « l’objet neutre » et « le lieu sûr».

                Pour rappel, la séance de l’objet neutre consiste à entraîner la personne à porter son attention pleine et entière sur un objet qu’il a sous les yeux, un objet complètement neutre, c’est à dire qui ne soulève aucune émotion particulière. La personne détaille mentalement cet objet, sa forme, ses couleurs, est-ce qu’il y a des zones de lumière ou d’ombre, des courbes, des pointes, en quelle matière est-il fait, quelle texture, quelle serait son poids. Le but ici est de venir saturer l’esprit et les pensées de la personne, ce qui aura comme effet de la défocaliser de sa douleur.

                Il peut être intéressant de proposer à la personne d’avoir cet objet dans les mains et de le tourner, de le manipuler toujours en le décrivant mentalement. Puis, nous invitons le patient à fermer les yeux et refaire exactement la même chose mais en se servant de l’image de l’objet. C’est assez intéressant de terminer la séance en laissant imaginer l’histoire de cet objet, qui l’a inventé ? Où a-t-il été créé ? A-t-il été transporté ? Comment est il arrivé là sous ses yeux ?

                La séance du lieu sûr consiste à demander à la personne de laisser venir à elle un endroit, connu ou imaginaire, dans lequel elle se sent particulièrement bien et dans lequel elle va s’imaginer se balader, se poser ou se détendre. Ce peut être une plage, une prairie, au bord d’un lac ou dans son jardin. Nous amenons la personne à détailler l’endroit en activant tous ses sens, le visuel avec les formes, la végétation, les couleurs, la luminosité, puis elle s’imprègne de l’ambiance sonore en écoutant les oiseaux, les vagues ou le silence. Enfin elle laisse venir toutes les sensations qu’elle ressent en se promenant dans ce lieu, le contact du sable, de l’herbe, de la brise du vent ou le soleil qui réchauffe son visage.

                Ces deux techniques sont simples mais encore une fois, la difficulté sera de rendre la séance et la visualisation tellement réelles et attractives que l’esprit du patient va peu à peu se détacher des sensations douloureuses et des pensées de souffrance. Il est parfois utile de rassurer la personne dans le fait qu’au début de ces séances, il peut arriver que l’esprit s’accroche à la douleur mais simplement laisser faire, prendre le temps patiemment de faire ce va et vient entre le lieu sûr par exemple et la douleur, jusqu’à ce que l’esprit soit suffisamment happé par la visualisation et délaisse complètement la douleur.

                Le principe utilisé dans les approches dissociatives est simple : ce sont les pensées qui génèrent les émotions et les sensations. Si l’esprit est tourné vers la douleur, les sensations sont vives, si l’esprit est tourné dans un paysage de calme en étant complètement bercé par le bruit des vagues et la sensation de nager dans une eau tiède, il va générer des sensations de détente et de relâchement. C’est le principe de la visualisation : le cerveau ne fait pas la différence entre la réalité et ce qu’il imagine. Si le patient se projette à 100 % dans un endroit calme, plus aucune pensée liée à la douleur n’est présente et il n’y a donc plus de conscience de celle-ci. Il est fort utile de rappeler cela aux patients.

 

L’induction dissociative en hypnose humaniste :

C’est une technique de mise en transe utilisée en hypnose humaniste. Elle est particulièrement intéressante dans la gestion de la douleur car elle permet de s’en défocaliser.  Il s’agit de faire imaginer à la personne qu’elle va littéralement s’envoler : elle commence par regarder la pièce d’en haut, comme accrochée au plafond,

puis peu à peu elle traverse, en toute sécurité le plafond, le toit de l’immeuble puis elle observe les voitures, les piétons, les routes qui se font de plus en plus petits  au fur et à mesure qu’elle prend de la hauteur.

La personne se sent tellement libre de ses mouvements qu’elle peut décider d’aller visiter les continents et nous l’accompagnons alors dans différents lieux sur la planète en les détaillant avec tous ses sens ! En général, les personnes sont surprises de voir combien il a été simple pour elle de ne plus penser à rien d’autre que ce voyage mental !

 

                C- Atténuer les douleurs passées et anticiper les  futures : Sophro correction sérielle et SAP

                Au cours d’une anamnèse, il est possible de se rendre compte que le patient vient consulter pour gérer une douleur présente mais en réalité, il a déjà eu des épisodes de sa vie où il a ressenti cette même douleur. Il est alors intéressant de travailler à atténuer ces douleurs passées, en proposant la technique de la sophro correction Sériée (1). A contrario, une personne consulte pour préparer mentalement une intervention chirurgicale et donc gérer une douleur future, la sophro acceptation progressive est alors judicieuse (2).

 

1- La Sophro correction sérielle pour atténuer les douleurs passées

                Il existe une mémoire de la douleur comme le montre  l’expérience de Clarapède : le patient piqué par une aiguille lors de la première poignée de main ne la tend pas la deuxième fois alors qu’il dit voir le médecin pour la première fois. De la même manière, un enfant qui se brûle une première fois en touchant la vitre du four, ne va plus y poser ses mains, ce qui prouve une mémorisation de la douleur.

                Nous pouvons également évoquer les douleurs fantômes : un patient amputé pouvant ressentir dans son membre absent une douleur aiguë du passé, souvent de l’enfance. Par exemple, un patient parlait souvent d’une sensation d’une écharde sous un ongle d’un membre amputé et c’est en racontant cela à ses parents qui lui ont confirmé cette histoire lorsqu’il avait 3 ans.

                Des chercheurs Canadiens ont prouvé que le système nerveux central se souvient de toutes les expériences douloureuses et lorsqu’une nouvelle stimulation sensorielle surgit, alors la trace mnésique des douleurs, présente dans le cerveau va, venir amplifier la sensation présente. Une protéine responsable de cette mémorisation a même été identifiée, il s’agit de la Kinase M Zeta dont le taux augmente de manière persistante dans le système nerveux central lors d’une stimulation douloureuse. Certaines maladies chroniques s’expliqueraient même à cause de ce circuit mnésique de la douleur qui deviendrait envahissant et persistant ; des médicaments, au stade expérimental, viseraient ainsi à détruire cette protéine et ainsi enrayer les douleurs mémorielles.

                En sophrologie, nous pouvons également agir sur ces mémoires de la douleur en proposant la technique de la Sophro correction sérielle qui consiste à atténuer une sensation négative en la diluant dans des sensations positives ou plus agréables.  Il s’agit de demander au patient de laisser venir le souvenir d’une douleur passée et dès que les sensations désagréables émergent, la personne utilise un geste signal (comme lever l’index) pour faire comprendre au sophrologue qu’il est alors temps de laisser venir un souvenir beaucoup plus agréable comme du calme ou de la détente.

                En effectuant ce va et vient entre le souvenir des sensations douloureuses et le souvenir des sensations agréables, une correction de la mémoire douloureuse va se faire. Comme le dit Rick Hanson dans son livre « le cerveau de Bouddha », « Notre cerveau est friand des expériences négatives. Le cerveau agit comme du Velcro avec les expériences négatives et comme du Téflon sur les expériences positives ».Mais, rassurons nous, le cerveau fait germer les graines qu’on lui donne ! Ainsi, c’est le principe de la pensée positive, plus nous prenons conscience des expériences positives, plus notre cerveau devient positif.

                C’est exactement ce qu’il se passe lors d’une sophro correction sérielle, la sensation négative, que l’on va demander de sentir à 10 %,  va devenir secondaire puisque nous allons la confronter à des sensations positives que le patient va ressentir à 100 %. Le cerveau va donc conserver cette mémoire agréable.

2- La Sophro Acceptation Progressive pour anticiper les douleurs futures

                Montaigne souffrait de façon récurrente de coliques néphrétiques extrêmement douloureuses et il écrivait alors«qui craint la douleur souffre déjà de ce qu’il craint ». Anticiper ou imaginer une douleur connue ou qu’on se prépare à subir lors d’une intervention par exemple, c’est déjà se préparer à souffrir.

                Les scientifiques observent ce phénomène sur les IRM puisque lorsqu’une personne imagine ou se souvient mentalement d’une douleur, cela suffit pour mettre en route les zones du cerveau responsables de la douleur à savoir l’Insula, le cortex pariétal, le Gyrus Cingulaire postérieur et le cortex frontal prémoteur. En résumé, penser à une douleur, allume les mêmes zones cérébrales et déclenchent les mêmes mécanismes physiologiques que si la douleur était réellement présente.

                Nous comprenons alors aisément l’intérêt d’apprendre à un patient d’anticiper sereinement toute douleur future. Pour cela, nous pouvons proposer la technique de Sophro acceptation positive et demander à la personne de s’imaginer vivre une douleur de façon complètement détendue, avec une respiration calme et un corps relâché.

                Il est alors ici important de travailler sur les croyances négatives que peut avoir le patient à propos de la douleur afin de les atténuer. Par exemple, si nous accompagnons une future maman dans la préparation de son accouchement, il est intéressant de la questionner sur ce que représente pour elle les douleurs de l’accouchement : croit-elle que l’on doit enfanter dans la douleur ? Pense t-elle que seule la péridurale peut enrayer la douleur ? Imagine t-elle qu’elle puisse avoir un contrôle sur ses douleurs ? Sait-elle pourquoi il y a des douleurs au moment de l’accouchement et leur utilité?

 

III – l’Hypnose Ericksonienne et la gestion de la douleur

 

                La gestion de la douleur est une demande récurrente en consultations d’hypnose et ce n’est plus rare aujourd’hui d’entendre parler d’opération réalisée sous hypnose. L’hypnose permet effectivement d’apprendre à contrôler sa douleur, de la diminuer et de permettre au patient de redevenir actif et acteur de sa douleur. Il existe beaucoup d’approches et de protocoles dans ce domaine et je dirais même que la seule limite est l’imaginaire et la créativité du thérapeute !

                Lors de ma formation, la journée sur la douleur a été particulièrement intéressante car il y avait notamment un « jeu d’endurance » qui consistait à imaginer toutes les façons de suggérer de l’anesthésie, pendant 1h et en changeant de protocole toutes les 5 minutes ! Autant vous dire que ce genre d’expérience engendre quelques idées pour guider des séances sur la gestion de la douleur !

                Par  exemple, je me souviens qu’on faisait imaginer à la personne, qu’on allait lui injecter un produit anesthésiant qui allait engourdir sa main … Pour ma part, le thérapeute l’avait fait sur ma jambe en suggérant que mon inconscient connaissait et savait recréer un état de paralysie … et c’est évidemment ce qu’il a fait en recréant exactement les mêmes sensations de ma péridurale ! Impossible de sentir quoi que ce soit, ni même de bouger mes jambes.

                Aujourd’hui, je vais vous présenter des protocoles qui peuvent être utilisés en Sophrologie comme activation intra sophronique donc après une relaxation dynamique, de la respiration et une sophronisation de base. Je vais vous parler des protocoles du gant anesthésiant (A), nous aborderons quelques métaphores de la douleur (B) et terminerons par jouer avec les sous modalités de la douleur (C).

                A- le Gant anesthésiant

                Ce protocole du gant anesthésiant est particulièrement intéressant pour gérer des douleurs physiques internes mais aussi, parce qu’il crée une désensibilisation totale de la peau, pour préparer  une prise de sang, une piqûre, une ponction ou une opération comme enlever un grain de beauté.

                L’idée est simple : le patient va imaginer qu’il enfile un gant sur une main et que ce gant a cette capacité de protéger la main, de la rendre insensible. Au final, le gant devient la peau du patient donc plus le gant est épais, moins la peau est sensible. Pour arriver à cela, il faut jouer avec l’imagination du patient et donc s’y adapter !

                L’idée de base est de proposer à la personne de porter son attention sur une des deux mains et d’imaginer qu’elle va très lentement faire glisser dessus une première couche, comme un gant léger, un gant de soie. Nous mettons alors l’accent sur le toucher agréable de la soie, une couche de douceur et même un peu de chaleur. Le patient doit apprendre à bien visualiser ce gant dans tous les détails de forme, de matière et de couleurs.

                Une deuxième couche va alors être proposée avec un gant un peu plus épais, comme un gant en caoutchouc pour faire la vaisselle …. avec déjà une autre matière, une autre sensation dans la main. Faire imaginer ces couches successives, entraîne le patient à mieux ressentir et on propose en plus d’imaginer que ces couches se superposent dans le but d’isoler la main. Vous pouvez même vous amuser à toucher la main de votre patient aux différentes étapes et sa perception sera certainement très différente selon le gant qu’il est en train de visualiser.

                Une troisième couche, un troisième gant va alors se rajouter par dessus cela … et vous voyez bien que votre créativité a ici toute sa place. L’habitude veut qu’on propose de mettre un gant de boxe, bien épais, très dur qui protège la main. Là encore, si vous touchez la main, le patient va ressentir quelque chose de très lointain … l’anesthésie commence à apparaître.

                Et pour finir, vous pouvez proposer d’imaginer un gant super protecteur, dur, qui ne fait ressentir aucune sensation, la préférence des hypnothérapeutes se porte souvent vers un gant de plomb … imaginez que votre main devient une main de plomb … froide … grise … lourde et surtout tellement ferme. Vous pouvez alors faire imaginer à la personne que l’infirmière arrive pour piquer cette main de plomb et qu’aucune douleur n’est ressentie. L’infirmière peut même piquer à ce moment là si jamais vous avez la chance de pouvoir accompagner quelqu’un dans la salle de soin.

                Vous l’avez compris, ce protocole est à adapter en fonction de la personne et de la douleur en question. Si par exemple il s’agit de gérer une piqûre au bras, il est judicieux d’imaginer que le gant va jusque là. S’il s’agit de gérer une douleur au genou, peut être pouvons nous faire imaginer un plâtre de plomb. Et enfin, il est tout à fait possible de faire comme la sophro substitution sensorielle et de diriger la main avec son gant anesthésiant vers la zone douloureuse et d’imaginer transférer la sensation anesthésique.

                Ce protocole est très intéressant à transmettre au patient en lui expliquant qu’il doit s’entraîner pour y arriver seul. Le fait de proposer plusieurs couches de protection va lui permettre de trouver la matière qui fonctionne le mieux pour lui. N’hésitez pas à demander à la personne quel serait le gant le plus solide et protecteur pour elle. Les enfants regorgent d’idées parfois étonnantes pour cela !

                B- Les Métaphores de la douleur : Le circuit de la douleur et Le curseur de la douleur

Une métaphore est une idée, un symbole de quelque chose qui va nous permettre de parler de la douleur sans vraiment la nommer. Lorsque nous parlons, nous utilisons des métaphores sans nous en rendre compte et c’est le langage de l’inconscient. L’inconscient ne s’exprime qu’au travers de rêves, d’images, de lapsus, d’actes manqués et de symboles et métaphores. Il est donc très intéressant de travailler sur les douleurs en les mettant en forme !

                Deux protocoles qui mettent en image la douleur sont intéressants à utiliser pour apprendre à la diminuer : Le protocole du circuit de la douleur et le protocole du curseur de la douleur.

                1- Le Protocole du circuit de la douleur

                Ce protocole est tiré de l’hypnose mais peut largement être utilisé en séance de sophrologie après des relaxations dynamiques, de la respiration et une sophronisation de base. L’idée est alors très simple : nous proposons au patient d’imaginer que sa douleur emprunte un circuit que l’on va symboliser par une route, voire une autoroute si la douleur est forte. Le signal de la douleur est alors symbolisé par des petites voitures : plus il y a de voitures, plus la douleur est grande.

                Cette autoroute part de la zone douloureuse, remonte le long de la colonne vertébrale pour passer dans le cerveau qui renvoie alors des voitures douloureuses vers la zone de départ. Le sophrologue guide son patient pour visualiser tous les détails de cette autoroute, sa taille, son parcours exact mais aussi le nombre de voitures, leur vitesse. L’idée est qu’au début de la séance, l’autoroute est très large, laissant passer beaucoup de voitures qui montent et descendent très rapidement, la douleur est vive, présente. Au fur et à mesure, le patient imagine que le flux de voitures ralentit, le nombre de voitures diminue et puis petit à petit, l’autoroute peut se transformer en une route plus petite, voire très étroite qui ne laisse passer finalement qu’une voiture de temps en temps.

                Pour que ce protocole fonctionne, il faut commencer par guider la personne à ressentir ce circuit intérieur de sa douleur, en lui expliquant avant la séance et pourquoi pas en lui montrant un schéma de la douleur comme celui ci :

 

Circuit de la douleurProposer un schéma facilitera la visualisation du circuit interne. Ensuite, il suffira de guider progressivement avec cette idée que ce circuit est une route dont la taille, le nombre et la vitesse des voitures représentent symboliquement l’intensité de la douleur. A la fin, imaginer une route très étroite avec peu de passage aura comme conséquence de diminuer la douleur ressentie.

 

                Certains hypnothérapeutes proposent à la fin de la séance d’imaginer que les voitures sont même à l’arrêt, stoppées par une barrière, un péage ou ce qui vous viendra à l’esprit.

 

 

Variantes de ce protocole: toujours en utilisant cette idée du circuit, il est possible d’utiliser une autre image que la route et les voitures pour symboliser la douleur ! L’image d’un cours d’eau peut fonctionner également : un grand fleuve avec un débit rapide représente une forte douleur qui pourra s’estomper lorsque le patient imagine un petit ruisseau calme et tranquille.

Votre patient peut également vous livrer son concept du circuit … vous pouvez lui demander comment il imagine sa douleur ? Comment il dessinerait ce signal douloureux ? Les enfants sont excellents à ce jeu-là et attendez vous à faire des séances avec des paillettes, des faisceaux lumineux ou des toboggans qui laissent glisser des petits bonhommes méchants !

 

 

               

2- Le protocole du curseur de la douleur

 L’idée de ce protocole est de redonner au patient le contrôle de sa douleur. Nous lui proposons, en état sophro liminal,                 d’imaginer qu’au niveau de son cerveau il a un curseur qui lui permet d’avoir une action directe sur l’intensité de sa douleur.

En effet, lorsqu’il va actionner son curseur interne, il va pouvoir augmenter la douleur, certains hypnothérapeutes le proposent systématiquement aux patients pour leur prouver qu’ils peuvent mentalement contrôler leur mal. Évidemment, le but est de diminuer l’intensité du signal douloureux.

 

                Il est judicieux de faire imaginer au patient un lien entre le curseur et la zone douloureuse : soit en tournant le curseur vers le minimum, la douleur s’atténue directement, soit en tournant le curseur des hormones de bien-être qui seront diffusées pour calmer la zone. Ce curseur peut être évidemment agrémenté de toute votre imagination et celle de la personne qui souffre.

                Il est très intéressant de transmettre ce protocole comme quelque chose que le patient pourra s’approprier, comme s’il avait un anti-douleur imaginaire à disposition. Afin que la personne utilise correctement cet outil de visualisation, nous pouvons lui proposer une première fois en imaginant que ce curseur va créer une sensation comme de la chaleur ou de la fraîcheur selon dans quel sens on l’utilise. Toujours pour s’entraîner, ce curseur peut être une façon ludique d’imaginer qu’on peut augmenter le volume de nos pensées ou au contraire le diminuer jusqu’à ce que nos pensées ne soient plus qu’un simple murmure inaudible.

                Dans tous les cas, nous accompagnerons le patient avec un terpnos logos qui suggère que plus le curseur se tourne vers le minimum, plus la douleur se calme, s’apaise … et rien ne nous empêche de lier à tout cela les sous modalités de la douleur que nous allons voir maintenant.

                C- Les sous-modalités de la douleur

                Pour rappel, les sous-modalités ont été déterminées par les fondateurs de la PNL comme  les éléments les plus fins qu’utilise le cerveau pour codifier une expérience. Nos représentations internes sont composées de paramètres sensoriels : des images (V), des sons (A) et des sensations (K), qui ont des caractéristiques spécifiques qu’on appelle les sous modalités.

                Une image peut être décrite par sa taille, sa forme, ses couleurs, une distance ou une position. Un son peut être décrit par son volume, sa source, sa tonalité, son rythme, son tempo. Une sensation peut être décrite par sa localisation, son étendue, sa pression ou sa température.

                Les sous modalités ont un impact important  sur l’intensité de notre expérience subjective. C’est grâce aux sous modalités que le cerveau établit des distinctions entre une expérience agréable et une expérience désagréable. En modifiant un ou plusieurs paramètres d’une représentation, on peut ainsi changer l’intensité ou la signification d’une expérience. Les sous modalités sont les cadrans de contrôle de notre tableau de bord neuro sensoriel.

                Il est alors évident que les sous modalités sont une porte d’entrée de choix pour réguler la douleur qui est justement une expérience interne encodée par nos sens ! L’idée est alors de guider le patient à exprimer ses propres sous modalités de sa douleur et de les modifier, ce qui transformera la sensation. Comme nous l’avons dit, le fait de toucher à ces paramètres internes joue au niveau du cerveau sur la perception de l’expérience de la douleur.

                Le questionnement du sophrologue doit amener le patient à détailler sa douleur, à la mettre en forme, en couleur, comme s’il pouvait la dessiner sur une feuille de papier ! Nous pouvons poser à la personne des questions comme « si vous deviez dessiner votre douleur, quelle forme aurait elle ? Quelle couleur a t-elle, là, maintenant ? Et lorsque vous avez moins mal, de quelle couleur est cette zone de votre corps ? ». Vous serez étonné de voir avec quelle simplicité les gens répondent à ce type de questions … certes un peu bizarres !

                Il est intéressant de connaître la représentation de la douleur de la personne pour pouvoir mieux guider ensuite, mais il est tout à fait possible de guider à l’aveugle ! Par exemple, si nous savons que la personne voit sa douleur lombaire comme une immense tache ovale rouge et brûlante … en état sophro liminal, nous la guiderons pour que cette tache se réduise tranquillement en un tout petit rond orange, puis jaune, puis bleu et que cette brûlure d’origine se rafraîchisse jusqu’à devenir un peu plus fraîche etc .

                Il est tout à fait possible aussi de guider « à l’aveugle » en énonçant les sous modalités possibles et en les modifiant dans un sens, puis dans l’autre et le patient choisira évidemment ce qui atténue le mieux la sensation douloureuse.

 

Un exemple de terpnos logos à l’aveugle concernant une migraine et après une SDB :

« … dans cet état de calme, de relâchement … vous allez alors laisser venir à vous une image qui représenterait votre migraine …. pour certaines personnes ce peut être une tâche de couleur qui occupe une partie ou toute la tête .. pour d’autres personnes ce peut être un symbole comme un noyau, une pierre, un nuage brumeux …  laissez venir ce qui vient sans juger, sans chercher à analyser, juste, observez … remarquez la forme … la couleur … la taille … est ce que ça a une texture, une température … est-ce plutôt chaud .. plutôt froid … puis .. tranquillement vous allez commencer à jouer avec cette image … commencez d’abord par modifier la couleur .. essayez de l’imaginer d’une autre couleur … puis une autre encore … et pourquoi pas, même transparent …. amusez vous à réduire la taille, à changer la forme …. et vous pouvez même imaginer que la température augmente ou diminue selon votre besoin ... »

 

IV- La méditation de pleine conscience et la gestion de la douleur

 

                La méditation de pleine conscience est en vogue actuellement et ses bienfaits, en plus d’être  unanimement reconnus sont aussi analysés scientifiquement. En effet, à la différence de la sophrologie et de l’hypnose, les effets de la méditation sur notre cerveau continuent d’être largement étudiés par les scientifiques. Vous avez certainement vu passer une image de Mathieu Ricard avec des électrodes plein la tête ? Le cerveau des méditants est décortiqué et les études et comptes-rendus neuro scientifiques sont intéressants à connaître pour nous sophrologues, car nous savons que l’état sophro liminal est, sur certains points, similaire à celui de la méditation.

                Une étude réalisée au Wake Forest Baptist Medical Center (Caroline du Nord), explique comment fonctionne la méditation sur la gestion de la douleur. «  Il s’agit de la première étude parvenant à démontrer qu’un petit peu plus d’une heure de formation à la méditation peut réduire drastiquement l’effet de la douleur et son impact sur le cerveau », déclare le Dr Fadel Zeidan, initiateur de l’expérience.

                Pour cette étude, 15 volontaires qui n’avaient jamais médité auparavant, ont assisté à quatre cours de vingt minutes chacun pour apprendre les bases d’une technique de méditation connue sous le nom de focused attention. Il s’agit ni plus ni moins d’une « concentration intense » sur un point, qu’il s’agisse du souffle, d’un objet ou d’une bougie et de laisser voguer pensées et émotions. Avant et après la séance de méditation, l’activité du cerveau des participants a été analysée par IRM.

                Durant l’expérience, les participants plaçaient un appareil sur leur jambe droite qui produisait une chaleur désagréable voir douloureuse de 48,8°. Les IRM  effectuées après la séance de méditation ont montré que le degré de douleur de chaque participant se trouvait réduit, avec des baisses allant de 11 % à 93%.

                Ce qui est ressorti des IRM, c’est que la méditation réduisait significativement l’activité cérébrale dans le cortex somatosensoriel primaire, une zone qui est particulièrement impliquée dans l’élaboration de la localisation et de l’évaluation d’un stimulus de douleur. Avant la séance de méditation, ces scans montraient une activité intense : les gens avaient mal, et ils savaient où et durant la séance, les scans montraient que cette activité semblait avoir disparu !

                Cette étude a également montré que la méditation augmentait l’activité du cerveau dans certaines zones comme le cortex cingulaire antérieur,la partie de l’ insula antérieure et le cortex orbito-frontal. Or, ces zones sont les lieux où le cerveau stocke son expérience de la douleur et développe ses mécanismes d’adaptation. En d’autres termes, la douleur ressentie est directement analysée et rationalisée par notre cerveau qui ne laisse pas de place à la peur ou aux croyances irrationnelles sur la douleur. En d’autres termes, la perception de cette douleur est accueillie différemment en méditation, elle ne fait pas peur et pour reprendre l’expression du Dr Zeidan, on note « une réduction de 57% du malaise généré par cette douleur ».

                Après vous avoir exposé une séance type de méditation de pleine conscience avec son outil de focusing (A), je vous présenterai divers exercices de comptage sur la respiration (B) ainsi que la pratique dit du « accueillir/offir » qui fonctionne très bien pour soulager les douleurs (C).

 

                A- Une séance type de méditation et  « focused attention »

                Je vous présente ici une session type de méditation comme il me l’a été enseigné par une facilitatrice de méditation qui transmet le protocole de pleine présence, de Jon Kabat Zinn en 8 semaines. Une session type de méditation se déroule ainsi :

1- Rappel de sa motivationen position assise sur un coussin ou sur une chaise. Il s’agit ici de se rappeler mentalement pourquoi nous nous accordons ce temps de pratique, notre intention.

2- Étirements d’entrée en la posture : une série de mouvements de chaque partie du corps, suivie d’une série d’automassages. Nous retrouverons ici les mouvements que l’on pratique en sophrologie comme le « oui » et le « non » pour étirer le cou, ou la toilette dynagogique de Y. Davrou.

3- Body scanqui permet de vérifier les 7 points de la posture que sont :

4- Trois respirationslentes complètes et profondes, c’est ce qu’on appelle en sophrologie la respiration des 3 étages.

5- Temps d’ouverture sensorielle, ouvert et relaxé : Nous posons notre attention sur un support que ce soit la respiration, les sons, tout ce que l’on voit ou bien les sensations du corps.

6 – Un temps d’accueillir / offrir : il s’agit ici en inspirant d’accueillir nos sensations, nos émotions et en expirant de les offrir à tout notre corps et au-delà.

7 – Un temps de dédicace : nous dédicaçons les bienfaits de la pratique à nos proches, moins proches et tous les êtres vivants. C’est le moment où l’on peut faire un bon souhait.

                Le temps qui peut s’avérer important lorsqu’il s’agit de gérer une douleur, est le moment de l’ouverture sensorielle. Cette ouverture sensorielle est l’équivalent de la séance que nous connaissons sous le nom des 5 sens. La personne dirige son attention sur la vitalité de chacun de ses sens puis englobe également les sensations douloureuses dans son ouverture au sens du toucher.

                 Le support sera alors la douleur dans ses sensations les plus subtiles, dans son étendue, sa texture. Il s’agit ici de regarder en face la douleur sans la fuir. Comme dit Jon Kabat Zinn dans son livre « Gérer la douleur avec la pleine conscience », « il ne s’agit pas de chercher un résultat mais d’accueillir et d’accepter ce qui est là maintenant. C’est le pouvoir du moment présent, ne rien attendre, ne rien vouloir, simplement être au lieu de faire. »

                Le fait d’être présent ici et maintenant permet de s’immerger entièrement dans un environnement, c’est une défocalisation par rapport à la douleur. Il est alors possible de ressentir des sensations et , sans interpréter, juger ou les évaluer, juste être présent à la vie telle qu’elle se déroule là autour de soi. Il ne s’agit pas du tout de nier la douleur mais juste de décrire les sensations sans leur donner une connotation émotionnelle, sans leur donner de sens ou se demander si cela va durer. Juste être là avec notre douleur ET toute la vie autour, le Grand Tout.

                Plus nous voulons, avec notre volonté, ne pas avoir de douleur, plus nous allons les sentir et nous agacer avec les sensations en les décrivant comme insupportables et nous leur donnons alors une place importante. Au contraire, nous acceptons la douleur comme étant simplement des sensations à qui nous donnons juste l’espace qu’elles occupent, sans autre signification. Nous ne voulons rien, ni les dissoudre, ni les modifier, elles sont là et nous sommes là, vivants. Nous parlons, regardons, sentons, entendons, sentons les odeurs et percevons les goûts.

 

Variante hypnotique de l’ouverture sensorielle sur la douleur :

Après avoir demandé à combien le patient évalue sa douleur de 0 à 10,

 nous lui demandons de porter son entière attention sur les sensations de la douleur

et de mettre son entière intention à maintenir cette intensité.

«  Essayez de maintenir votre douleur identique pendant 2 minutes ».

Cette demande paradoxale a pour effet, la majorité du temps,

de diminuer les sensations douloureuses en quelques minutes.

 

 

                B – Exercice de comptage sur la respiration

                J’aime beaucoup la définition suivante : la méditation c’est apprendre à poser son attention. Ainsi, il existe différents supports à cette attention : les sensations du corps lorsque l’on réalise le body scan,   l’environnement sonore en est un autre, les objets qui nous entourent ou que l’on met devant soi (la bougie, très utilisée par les méditants), le mental aussi est un support de prédilection qui permettra alors d’être spectateur de nos pensées et ainsi de s’en dissocier.

                Le support le plus efficace qui amènera à défocaliser d’une douleur reste le souffle, ce qui est pratique, car nous l’avons en permanence avec nous ! Sachez qu’il existe deux points d’attention lorsque l’on parle de la respiration : la personne se concentre soit sur la respiration au niveau du ventre, soit sur le point d’entrée du souffle qui se situe alors à la racine du nez.

                Pour permettre à un patient de gérer une douleur en lui permettant de diriger son attention exclusivement sur la respiration, la difficulté réside à trouver une approche qui capte son esprit, car si celui-ci s’envole, il retournera certainement visiter la douleur ! Évidemment, mettre une image ou des couleurs sur la respiration va fonctionner chez les personnes visuelles. De même, apprécier les mouvements de chaque partie du corps bercée par le souffle va permettre à une personne kinestésique de ne pas décrocher.

                Mais les techniques qui vont permettre de maintenir une concentration efficace sur la respiration sont dites les techniques de comptage : la personne va compter ses cycles respiratoires soit en disant mentalement « un » en inspirant puis « un » en expirant et « Deux » sur le cycle suivant, soit la personne ne comptera que les expirations. Ensuite, il suffit de proposer d’aller jusqu’à 10 ou 21 et si jamais la personne s’aperçoit que l’esprit a vagabondé, il conviendra de repartir à zéro.

                Il existe aussi un moyen très efficace pour rester concentré sur la respiration sans forcément compter dans sa tête mais, en utilisant une sorte de chapelier, de collier avec des boules que l’on fait glisser dans ses doigts à chaque respiration. Il est aussi possible de mettre une bougie assez près de soi pour que notre souffle la fasse valser sans l’éteindre (et sans nous brûler évidemment) ! Vous avez compris, il suffit de trouver ce qui permet au patient de maintenir le plus facilement son attention sur la respiration.

                C- La pratique méditative dite du « Accueillir / Offrir appliquée à la douleur  émotionnelle

                Dans chaque session de méditation de pleine conscience, il y a toujours un temps de pratique que l’on appelle « accueillir et offrir ». L’idée est alors d’accueillir quelque chose en inspirant et en expirant on le diffuse, on lui fait de la place dans notre corps pour commencer, puis plus largement à l’extérieur de soi. Il s’agit de la pratique « Tonglen ».

                Par exemple, il s’agira d’accueillir les bienfaits de la pratique de la méditation et de les offrir mentalement à nos proches et à l’humanité toute entière. Il est évident que nous pouvons réaliser cette pratique sur les douleurs physiques, en accueillant les sensations douloureuses dans tous leurs détails (ici les sous modalités peuvent intervenir) et en imaginant les diffuser dans notre corps. Cela aura pour effet d’estomper la douleur, les sensations en étant écoutées vont alors se dissoudre.

 

                Il peut s’agir également d’accueillir et d’offrir nos émotions, les bonnes et les plus douloureuses. Cet exercice sur les émotions est particulièrement intéressant à proposer à nos patients en séance de sophrologie pour apprendre à gérer les douleurs émotionnelles. L’approche est alors de ressentir l’émotion dans sa texture, dans les sensations qu’elle nous provoque et juste de les accueillir, sans les juger, sans les analyser ou essayer de les chasser. 

                Avant de proposer cet exercice, nous pouvons rappeler l’intelligence des émotions, leur utilité afin de faire prendre conscience à la personne que ce qu’elle ressent est utile. En effet,c’est grâce à une émotion comme la peur que l’homme a traversé les âges, elle nous a permis d’échapper aux dangers. C’est la tristesse qui nous rapproche de nos semblables, qui leur montre que nous avons besoin d’aide. C’est la joie qui nous fait avancer, nous stimule à construire, à se construire.

                Nous rajouterons que les émotions, et les neurosciences l’ont démontré, nous servent à prendre des décisions. Sans elles, nous sommes plongés dans la pénombre et le silence, incapables de nous orienter correctement. Nous savons aussi qu’étouffer une émotion la rend plus forte et que cette nouvelle intensité menace d’éclore n’importe quand, n’importe où. Ce sont les émotions « élastiques ».

                Christophe André a dit à ce propos qu’« accueillir une émotion, c’est moins subir. On ne peut quitter un lieu où l’on n’a jamais accepté d’arriver. De la même manière, on ne peut se libérer d’une souffrance qu’on n’a jamais accepté de reconnaître. »

Une activation intra sophronique inspirée des pratiques méditatives peut être la suivante :

                - En état sophro liminal, demander au patient de laisser venir des images, des souvenirs qui lui procurent une émotion particulière comme la joie pour commencer, puis d’autres émotions un peu plus désagréables, comme la colère, la peur ou la tristesse.

                - Lorsque l’émotion se fait sentir dans le corps, la personne doit laisser de côté toutes ces images et diriger son entière attention sur les sensations du corps, sur les tensions, les nœuds, le ventre noué, la gorge serrée, la texture d’un sanglot ou encore une respiration coupée.

                - Nous proposons alors d’inspirer lentement dans ses sensations comme pour les reconnaître telles qu’elles sont, les accepter, sans vouloir ni les changer, ni les repousser, juste leur faire de la place à l’intérieur de son corps. La personne apprend peu à peu à s’abandonner dans ses sensations, à se fondre en elles.

                - Puis proposer de commencer à offrir ses sensations au reste de son corps, en expirant, la personne imagine diffuser les sensations dans ses bras, ses jambes, sa tête. Les sensations grandissent mais ne s’intensifient pas, elles se dissolvent, s’effritent et s’évaporent.

                - Nous terminons la séance en proposant au patient d’imaginer qu’en expirant encore, son émotion et les sensations qui la caractérisent vont être offertes en dehors de soi, elles vont s’élargir dans tout l’espace alentour, elles vont être offertes à tous les êtres vivants, en rappelant que les émotions ne sont pas nocives, mais l’expression d’une énergie de la vie intérieure.